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Édition de la semaine · Semaine du 28 juin au 4 juillet 2026

Édition publiée le

La canicule laisse derrière elle des milliers de morts et des rivières à sec, pendant que le bilan mondial de l'énergie confirme que 2025 a battu tous ses records de consommation, fossiles compris.

Énergie & ressources

International

Énergie mondiale 2025 : tous les records battus, fossiles compris
Énergie mondiale

Énergie mondiale 2025 : tous les records battus, fossiles compris

La 75e édition du Statistical Review of World Energy de l'Energy Institute dresse un bilan sans ambiguïté. En 2025, la consommation mondiale d'énergie a augmenté de 1,7 % et franchi pour la première fois la barre des 600 exajoules ; sur la décennie 2015-2025, elle progresse de 14,6 %, l'Europe reculant de 1 % par an quand l'Asie-Pacifique gagne 2,6 % par an. Les gains d'efficacité restent à 2 %, loin de l'objectif de 4 % fixé à la COP28. Surtout, toutes les grandes sources ont atteint un niveau de consommation inédit : pétrole, gaz, charbon, nucléaire, hydraulique, renouvelables, le charbon compris à un record de 166 EJ. L'éolien et le solaire connaissent la croissance la plus rapide (+18,3 %) et ont, ensemble, apporté plus d'énergie nouvelle que n'importe quelle source fossile prise isolément. Mais les fossiles pèsent encore 86,2 % de l'énergie primaire. Le rapport confirme ce que résument des géopoliticiens de l'énergie : le monde n'est pas « en transition » mais en « diversification », il empile les sources sans en retrancher.

Analyse systémique La consommation matérielle ne se découple pas de la croissance, elle s'empile. Tant que l'énergie totale grimpe, ajouter des renouvelables ne soustrait rien aux fossiles : c'est la trajectoire d'accumulation qui finit par buter sur les limites physiques. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Connaissance des Énergies

Lithium dans le Rhin : l'Europe cherche ses métaux stratégiques sous ses pieds
Métaux

Lithium dans le Rhin : l'Europe cherche ses métaux stratégiques sous ses pieds

Face à une demande de lithium en forte hausse, tirée par les batteries de véhicules électriques, et au souci de réduire la dépendance à la Chine, une piste se dessine dans le sous-sol du Fossé rhénan, entre la France et l'Allemagne. Une étude récente y chiffre un potentiel prometteur en lithium et en rubidium, un autre métal stratégique utilisé dans l'optique, l'électronique et les horloges atomiques. Particularité de ce gisement : ces éléments ne sont pas piégés dans la roche, mais dissous dans des saumures géothermales profondes, ces eaux chaudes très salées déjà exploitées pour produire chaleur et électricité par géothermie, ce qui laisse espérer une extraction couplée à la production d'énergie. Les auteurs restent prudents : le potentiel demande à être confirmé, et plusieurs défis techniques et environnementaux devront être relevés pour gagner la confiance des riverains et des décideurs.

Analyse systémique La logique des ressources non renouvelables vaut aussi pour les métaux de la transition : à mesure que la demande grimpe, il faut les chercher dans des gisements plus difficiles, ici des saumures profondes, ce qui mobilise davantage de capital et d'énergie pour un même service rendu. Découvrir la modélisation World3 →

Source : The Conversation

France

Électricité : la France bat un record d'exportations, gaz allumé en pleine canicule
Exports

Électricité : la France bat un record d'exportations, gaz allumé en pleine canicule

Selon les données de RTE publiées le 2 juillet, la France a exporté 56,8 TWh d'électricité au premier semestre 2026 pour seulement 5,8 TWh importés, soit un solde exportateur net de près de 51 TWh, un niveau jamais atteint sur un premier semestre. Le pays exporte désormais en six mois autant qu'il le faisait en une année entière autour de 2019 (55 TWh). L'Italie arrive en tête (solde de 14,4 TWh), devant la zone Belgique-Allemagne (13,9), la Grande-Bretagne (12,4) et la Suisse (11,3) ; la France reste en revanche importatrice nette vis-à-vis de l'Espagne. Fait révélateur, la canicule n'a pas inversé la tendance. Le 22 juin, au pic de chaleur, la production dépassait 60 GW pour une consommation plafonnant à 56 GW : les 5 GW de gaz allumés ce jour-là (10 % du mix) ne servaient pas d'abord à climatiser la France, mais à honorer un solde exportateur de 10 GW, RTE vendant le courant plus de 200 €/MWh à ses voisins de l'Est.

Analyse systémique C'est l'énergie nette disponible qui commande la marche d'une économie. Ici, la France pousse ses centrales, gaz compris, au-delà de ses propres besoins pour alimenter ses voisins : la preuve qu'un système sous tension redistribue ses flux d'énergie plutôt que de les réduire. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Connaissance des Énergies

Environnement

International

IA : les émissions de Google et Amazon s'envolent malgré leurs promesses
Numérique

IA : les émissions de Google et Amazon s'envolent malgré leurs promesses

L'essor de l'intelligence artificielle fait dérailler les trajectoires climatiques des géants du numérique. Les émissions totales de Google ont augmenté de 82 % depuis 2019, alors que le groupe s'était engagé à les réduire de moitié d'ici 2030 ; celles d'Amazon ont grimpé de 58 % sur la même période, malgré une neutralité carbone promise pour 2040. La demande d'énergie des centres de données, tirée par l'IA, est au cœur de cette envolée. Ce chiffre est à rapprocher d'un constat du dernier bilan mondial de l'énergie : les data centers ne représentent encore que 2 % de la consommation électrique, mais 15 % de sa hausse en 2025. (Article complet sur abonnement.)

Analyse systémique Ces rejets relèvent d'une pollution qui s'accumule bien après l'émission. La promesse d'un numérique décarboné se heurte à une demande d'énergie qui, pour l'instant, fait remonter les émissions au lieu de les faire refluer. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Le Monde · Économie (article complet sur abonnement)

France

Feux précoces : 8 700 hectares déjà brûlés avant même le cœur de l'été
Incendies

Feux précoces : 8 700 hectares déjà brûlés avant même le cœur de l'été

La saison des incendies a commencé tôt et fort. Près de 7 000 départs de feu et 8 700 hectares brûlés ont été recensés depuis le début de la saison, a annoncé le 2 juillet le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d'une réunion de crise à Marseille. Sur la seule journée du 1er juillet, 1 200 hectares seraient partis en fumée dans le sud du pays. Quelque 2 000 sapeurs-pompiers sont mobilisés chaque jour, dont des renforts européens : 66 Roumains, 34 Grecs et 13 Italiens. À Canet-en-Roussillon, près de 2 000 personnes ont été évacuées de campings ; l'incendie de Lançon, dans les Bouches-du-Rhône, a ravagé plus de 250 hectares. Six départements du pourtour méditerranéen ont été placés en danger très élevé. « On a des sols et une végétation très secs, pas de pluies, des températures élevées et du vent : la moindre étincelle peut dégénérer », résume un responsable de Météo-France. L'an passé, le feu de Ribaute, dans l'Aude, avait détruit 11 133 hectares.

Analyse systémique Le réchauffement agit comme une pollution qui s'accumule, avec des décennies de décalage entre la cause et le dégât. Ces feux de plus en plus précoces sont l'un de ces dommages différés qui remontent aujourd'hui à la surface. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

Alimentation & terres

International

Dans les eaux britanniques, cabillaud et hareng au bord de l'effondrement
Pêche

Dans les eaux britanniques, cabillaud et hareng au bord de l'effondrement

Les derniers avis scientifiques du Conseil international pour l'exploration de la mer (Ciem), publiés le 1er juillet, alertent sur l'état catastrophique des populations de poissons dans la Manche, la mer d'Irlande et la mer Celtique. Les experts recommandent de sévères réductions de captures, jusqu'à l'interdiction totale pour huit espèces, dont la morue, le merlan et l'églefin en mer Celtique. Depuis 2012, dans cette zone, les populations de cabillaud se sont effondrées de 99 %, celles d'églefin de 92 %, de hareng de 81 % et de merlan de 79 %, selon la Blue Marine Foundation. En cause, une surpêche persistante : d'après le Ciem, les prises excèdent d'environ 58 % chaque année les recommandations scientifiques, souvent ignorées au profit d'intérêts économiques à court terme, si bien que les stocks risquent de ne plus se reconstituer. Ces recommandations pourraient affecter les navires hauturiers français, dont le nombre a déjà baissé de 55 % entre 1997 et 2022.

Analyse systémique Un stock renouvelable traité comme s'il était infini finit par céder : au-delà d'un certain rythme de prélèvement, la ressource ne se régénère plus. Des effondrements de 80 à 99 % en une douzaine d'années sont ce que produit une pression maintenue au-dessus du seuil de renouvellement. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

France

Rivières à sec et sols craquelés : la France frappée par une sécheresse massive
Sécheresse

Rivières à sec et sols craquelés : la France frappée par une sécheresse massive

La sécheresse s'installe, précoce et généralisée. Au 2 juillet, 30 départements étaient placés en niveau de crise, et 96 avaient franchi un seuil de vigilance ou d'alerte, plus que les 85 concernés à la même période en 2022, année pourtant historique. Le tarissement des cours d'eau est spectaculaire : le débit de la Loire à Montjean est passé de 668 m³/s mi-mai à 142 m³/s le 30 juin, trois fois sous la normale ; celui de la Garonne à Lamagistère de 510 à 89 m³/s entre début mai et fin juin. Sur les 3 229 stations d'observation de métropole, 509 signalaient un assec fin juin (lit à sec sur plus de la moitié du point d'observation), contre à peine 84 fin mai. L'humidité des sols est « proche des minimales historiques pour le mois de juin », note un climatologue de Météo-France : « plus sec que 2022 et 2025 ». En cause, un déficit de précipitations aggravé par l'évaporation des deux vagues de chaleur de mai et juin.

Analyse systémique L'eau et les sols sont les intrants de base du rendement agricole. Les voir se dégrader si tôt dans la saison, c'est voir la capacité de production entamée avant même les récoltes : un capital naturel qui s'use plus vite qu'il ne se reconstitue. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

Population & santé

France

Canicule de juin : près de 30 % de morts en plus, un bilan encore partiel
Surmortalité

Canicule de juin : près de 30 % de morts en plus, un bilan encore partiel

Les premiers chiffres de la canicule de fin juin tombent, et ils sont lourds. Entre le 22 et le 28 juin, au plus fort de l'épisode, le nombre de décès a augmenté de près de 30 % en France, soit 2 025 morts de plus que la semaine précédente, a indiqué le 3 juillet la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. La hausse atteint 62 % en Île-de-France, et un niveau comparable dans les Pays de la Loire. Fait notable, les décès à domicile bondissent de 91 %. À cela s'ajoutent plus de 90 morts par noyade depuis le début de la vague, « beaucoup de jeunes » venus chercher la fraîcheur. Ces données restent une sous-estimation : elles ne s'appuient que sur les certificats électroniques, qui couvrent à peine plus de la moitié des décès. Le phénomène déborde les frontières : la Belgique relève une hausse de 39 % des décès, et l'Espagne au moins 1 028 morts attribuables à la chaleur en juin, plus du double des 407 de juin 2025.

Analyse systémique La mortalité est l'une des variables qui commandent le pic de population. La voir décrocher sous l'effet direct du climat signale que la pression du milieu commence à peser sur les corps eux-mêmes, et plus seulement sur les ressources. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

Économie & industrie

France

Gaz : moins de clients, mais des réseaux à payer, le « ciseau tarifaire » qui vient
Réseaux gaz

Gaz : moins de clients, mais des réseaux à payer, le « ciseau tarifaire » qui vient

La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a présenté le 1er juillet son évaluation des coûts des infrastructures gazières d'ici 2050, et pointe un risque de « ciseau tarifaire ». Entre 2021 et 2025, la consommation de gaz en France a chuté d'environ 20 % (371 TWh corrigés du climat en 2025), quand le nombre de clients ne baissait que de 1,6 %, mais avec une accélération marquée en 2025 (107 000 clients de moins sur l'année). Le problème est structurel : un réseau conçu pour une consommation élevée doit être entretenu même lorsque celle-ci recule, et ses coûts fixes se répartissent alors sur un nombre décroissant d'usagers. La CRE estime que les coûts d'entretien pourraient augmenter de 0,2 % à 3,5 % par an hors inflation d'ici 2050. Elle rappelle que, gaz verts résiduels obligent, « les réseaux de gaz resteront utiles au-delà de 2050 », d'où la difficulté à les faire décroître proprement.

Analyse systémique Le capital industriel doit être entretenu même quand son usage décline. Un réseau bâti pour une consommation qui recule devient un coût fixe pesant sur toujours moins d'usagers : la manière concrète dont les infrastructures héritées grèvent l'économie physique. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Connaissance des Énergies

Régulation & société

France

Loi d'urgence agricole : le Sénat rouvre la porte aux néonicotinoïdes et aux mégabassines
Eau

Loi d'urgence agricole : le Sénat rouvre la porte aux néonicotinoïdes et aux mégabassines

Au cœur de la sécheresse, le Sénat a adopté le 2 juillet une version durcie de la loi d'urgence agricole. Contre l'avis du gouvernement et de la majorité des députés, les sénateurs ont voté la réintroduction de deux insecticides néonicotinoïdes, l'acétamipride et le flupyradifurone, une mesure déjà présente dans la loi Duplomb mais retoquée par le Conseil constitutionnel. Sur l'eau, ils ont doublé l'objectif de stockage pour l'agriculture d'ici 2030 et affirmé la priorité de l'usage agricole sur les autres. Le texte réduit aussi la protection des zones humides et le champ des pollutions justifiant la protection d'un captage : selon le sénateur écologiste Daniel Salmon, la moitié des captages d'eau potable aujourd'hui prioritaires pourraient sortir du classement. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, y voit « une nouvelle loi Duplomb, qui met gravement en péril la démocratie de l'eau ». Un compromis devra être trouvé en commission mixte paritaire, prévue le 16 juillet.

Analyse systémique Une décision de ce type desserre les freins sur la boucle agricole : elle privilégie le rendement immédiat (pesticides, stockage d'eau) au prix de l'érosion des sols et de la ressource en eau, ce capital naturel qui s'épuise sans jamais apparaître dans les comptes. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

En perspective Après le « test grandeur nature » de la canicule, voici les bilans, et ils tombent en cascade : surmortalité, sécheresse record, feux précoces, récoltes grillées. Moins une série d'accidents qu'un système qui encaisse, coup sur coup, les coûts différés de sa propre croissance. Face à cela, la réponse politique hésite : la loi d'urgence agricole rouvre la porte aux néonicotinoïdes et double l'objectif de mégabassines, misant sur le rendement à court terme au moment où sols et eau se raréfient. À l'échelle mondiale, le dernier bilan de l'énergie confirme la même logique : consommation record en 2025, toutes sources à leur plus haut, fossiles compris. Non pas une transition, mais une « diversification » qui empile les énergies sans en soustraire aucune. C'est la mécanique de l'effet Sénèque, cette asymétrie qu'a mise en évidence Ugo Bardi : les gains s'accumulent lentement, mais les coûts, eux, arrivent d'un coup.