

Le bois, première énergie
Avant tout le reste, il y a le bois. Maîtrisé depuis des centaines de milliers d'années, il a chauffé, cuit, éclairé, puis fondu les métaux et alimenté les premières forges.
C'est l'énergie la plus ancienne, et l'erreur serait de la croire révolue : le bois et la biomasse restent aujourd'hui une source majeure pour une grande partie de l'humanité. Une source ne disparaît pas parce qu'une autre apparaît : c'est le fil rouge de cette histoire.

L'eau et le vent
Bien avant la vapeur, l'humanité fait travailler les flux : moulins à eau et à vent moulent le grain, scient le bois, actionnent des soufflets.
L'hydroénergie, surtout, traverse toute l'histoire : de la roue à aubes médiévale aux grands barrages hydroélectriques. Mais ces énergies sont diffuses : on ne peut pas en concentrer beaucoup en un point. La puissance disponible plafonne.

Le charbon et la bascule
Au XVIIIᵉ siècle, l'Europe apprend à exploiter un stock plutôt qu'un flux : le charbon, énergie solaire fossilisée pendant des centaines de millions d'années.
Couplé à la machine à vapeur, il lève le plafond : on concentre une puissance énorme où l'on veut, à toute heure. C'est la naissance de la société thermo-industrielle.

Le pétrole, roi du XXᵉ siècle
Liquide, transportable, d'une densité exceptionnelle, le pétrole libère la mobilité : automobile, aviation, transport maritime de masse.
Un litre d'essence contient l'équivalent de plusieurs journées de travail humain. Cette abondance bon marché irrigue tout le siècle, et nous avons bâti nos villes et nos habitudes autour de cette densité.

L'électricité et l'atome
L'électricité n'est pas une source mais un vecteur : une façon de transporter l'énergie produite ailleurs, qu'il s'agisse du charbon, du gaz, d'un barrage ou d'un réacteur.
Le nucléaire ajoute une concentration inédite : une quantité minuscule de matière y libère une énergie colossale, pilotable et peu carbonée, au prix d'infrastructures lourdes et d'un temps long.
Trois siècles d'explosion
En ~300 ans, la consommation d'énergie a été multipliée par un facteur considérable. Mais le plus révélateur est ailleurs : on parle de « transitions » comme de remplacements, le charbon chassant le bois, le pétrole chassant le charbon. La réalité est différente.
L'humanité a surtout empilé les sources. Regardez la courbe se construire : chaque énergie s'ajoute aux précédentes, sans jamais les effacer.
Source : Our World in Data (méthode de substitution, d'après V. Smil & Energy Institute).
Derrière tout cela se cache une grandeur souvent ignorée, le rendement (EROI) : combien d'énergie on récupère pour chaque unité investie à l'extraire. Il décline à mesure qu'on exploite des gisements plus difficiles. Or ce qui fait vivre une société, ce n'est pas l'énergie brute, mais l'énergie nette qui reste une fois payé le coût de l'extraction.

Et maintenant ?
Les renouvelables modernes nous ramènent vers des flux, mais avec une technologie qui en concentre la captation. La vraie question n'est pas « reste-t-il de l'énergie ? », car il en reste, mais « à quel rendement, à quelle vitesse, et saurons-nous cette fois remplacerplutôt qu'empiler ? ».
C'est ce que cherche à éclairer le rapport Meadows et sa modélisation World3.
« Esclaves énergétiques » : équivalent du travail musculaire humain contenu dans l'énergie consommée par personne (image popularisée par J.-M. Jancovici). Ordres de grandeur indicatifs.