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Édition de la semaine · Semaine du 19 au 25 juillet 2026

Édition publiée le

Une semaine à deux colonnes : ce que la chaleur détruit d'un côté, ce que la rareté rapporte de l'autre.

Énergie & ressources

International

Stocks au plus bas depuis 1990, le baril repasse au-dessus de 100 dollars
Pétrole

Stocks au plus bas depuis 1990, le baril repasse au-dessus de 100 dollars

L'Agence internationale de l'énergie a prévenu que les stocks pétroliers des pays de l'OCDE sont tombés à leur plus bas niveau depuis décembre 1990, entamés par plusieurs mois de tensions dans le golfe Arabo-Persique et par le blocage du détroit d'Ormuz. Le contournement crée une vulnérabilité nouvelle : l'Arabie saoudite a réorienté une très large part de ses exportations de brut vers le détroit de Bab Al-Mandab, à l'entrée de la mer Rouge, menacé à son tour de blocage. Après des attaques dans cette zone, le baril est repassé au-dessus de 100 dollars. La secousse ne reste pas dans l'énergie : le regain de tension sur le pétrole et le gaz nourrit l'inflation et pousse la Banque centrale européenne à durcir sa politique monétaire, au point que les taux d'intérêt de la France ont dépassé 4 % pour la première fois depuis 2008.

Analyse systémique Un stock qui se vide fait monter le prix de ce qui reste, et ce prix se propage à toute l'économie physique. Quand le coût de l'argent lui-même se met à suivre celui de l'énergie, c'est la capacité d'investir dans tout le reste qui se réduit. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Le Monde (article complet sur abonnement)

Renouvelables au record, fossiles en hausse : on empile au lieu de remplacer
Électricité

Renouvelables au record, fossiles en hausse : on empile au lieu de remplacer

Deux bilans publiés la même semaine se lisent ensemble. L'Irena recense 5 155 GW de capacités renouvelables installées dans le monde à fin 2025, soit 15,5 % de plus qu'un an plus tôt, dont 43,8 % en Chine, contre 779 GW pour l'Union européenne et 83,8 GW pour la France ; le solaire progresse à lui seul de plus de 27 % et dépasse 2 396 GW. Côté demande, l'Agence internationale de l'énergie attend près de 29 600 TWh d'électricité consommés en 2026 après 28 583 TWh en 2025, puis plus de 30 700 TWh en 2027, soit 3,6 % puis 3,8 % de croissance annuelle. La Chine absorbe à elle seule un peu plus de la moitié du supplément attendu cette année, 538 TWh sur 1 024. Le titre de la note résume la situation : il y aura plus d'électricité produite en 2026, y compris à partir des énergies fossiles. Les moteurs cités sont structurels : croissance industrielle, équipement des ménages, véhicules électriques, climatisation, pompes à chaleur, centres de données. Le prix n'est plus l'obstacle, puisque le rapport annuel de la banque Lazard conclut cette année pour la première fois que solaire et éolien restent parmi les moyens les moins chers de produire même en comptant les coûts de réseau et de flexibilité.

Analyse systémique Tant que la demande croît plus vite que ce que l'on installe de propre, la production fossile ne recule pas, elle ne recule qu'en part. C'est la mécanique de l'empilement, qui a marqué toutes les transitions énergétiques passées : les sources nouvelles se sont ajoutées aux anciennes bien plus qu'elles ne les ont remplacées. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Connaissance des Énergies

France

TotalEnergies engrange 9,8 milliards d'euros sur la rareté du brut
Pétrole

TotalEnergies engrange 9,8 milliards d'euros sur la rareté du brut

Le groupe français a dégagé 4,7 milliards d'euros de profits au deuxième trimestre 2026, le double de la même période l'an dernier, et 11,2 milliards de dollars, soit 9,8 milliards d'euros, sur le premier semestre, en hausse de 72 %. Ce résultat vient directement de la hausse des prix de l'essence, du diesel et du kérosène provoquée par les difficultés d'approvisionnement liées au blocage du détroit d'Ormuz. L'activité de négoce, qui consiste notamment à acheter des stocks en Bourse pour les revendre plus cher, voit son produit progresser de 35 % en un trimestre. Le groupe multiplie parallèlement les chantiers d'extraction, du Brésil aux États-Unis en passant par la Libye, et vient d'obtenir l'accord du gouvernement namibien pour prendre des parts dans le champ offshore Mopane. Le mouvement dépasse une entreprise : selon le rapport Banking on Climate Chaos publié le 9 juin par huit ONG dont Reclaim Finance, les 65 plus grandes banques mondiales ont accordé 906 milliards de dollars de financements à la production ou au transport de charbon, de gaz et de pétrole en 2025, en progression de 8 % sur un an. TotalEnergies prolonge par ailleurs le plafonnement de ses prix à la pompe, à 1,99 euro le litre d'essence et 2,25 euros le diesel, un geste qui ne lui a coûté que 200 millions d'euros au premier trimestre, soit 4 % de ses profits.

Analyse systémique C'est la question des ressources non renouvelables : plus le stock accessible se raréfie, plus le prix monte et plus l'extraction devient rentable. Une part croissante du capital disponible se dirige alors vers l'extraction plutôt que vers tout ce qu'il faudrait construire par ailleurs. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

Droit d'alerte chez RTE, et une facture d'électricité qui remonte
Réseau

Droit d'alerte chez RTE, et une facture d'électricité qui remonte

Le 23 juin, en pleine canicule, deux transformateurs condensateurs de tension ont explosé dans un poste de 225 000 volts à Ergué-Gabéric, près de Quimper, privant 119 000 foyers d'électricité sans faire de victime. Les représentants du personnel de RTE Maintenance ont exercé leur droit d'alerte pour « danger grave et imminent » : ils demandent que les incidents survenus pendant les deux canicules soient tracés, que les équipements sensibles à la chaleur soient cartographiés et que les mesures de sécurité soient réévaluées. Ces appareils, dont l'isolation repose sur de l'huile et du papier qui se dégradent avec le temps, sont encore 500 en service ; la direction juge le risque marginal, les syndicats y voient le signe d'infrastructures vieillissantes et mal adaptées à la chaleur. RTE exploite plus de 100 000 kilomètres de lignes à haute et très haute tension et près de 2 700 postes électriques, et prévoit 100 milliards d'euros pour moderniser ce réseau et l'adapter au réchauffement. Une part de la note arrive déjà chez les particuliers : le tarif réglementé augmentera de 2,5 % au 1er août, soit environ 26 euros par an pour un foyer consommant 4,5 MWh, une hausse portée par le tarif d'utilisation des réseaux et justifiée par l'entretien d'installations que la chaleur abîme, la température pouvant atteindre 80 °C sous les trottoirs.

Analyse systémique Le capital installé doit être entretenu pour rendre le même service, et quand le milieu se durcit, la part du revenu qu'il faut lui consacrer augmente. C'est le mécanisme le plus discret du dépassement : on dépense de plus en plus pour maintenir ce qui, hier, tenait tout seul. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Révolution Énergétique

Environnement

International

Un El Niño d'une rapidité inédite relance la course aux records de chaleur
Climat

Un El Niño d'une rapidité inédite relance la course aux records de chaleur

Le Pacifique tropical a basculé à une vitesse rarement observée. Après deux années dominées par La Niña, l'indice qui mesure la température de surface dans la zone de référence a franchi le seuil de 0,5 °C en avril, atteint 1 °C en mai, 1,6 °C en juin, puis dépassé 2 °C dans les premiers jours de juillet, l'une des installations les plus rapides jamais enregistrées. Carbon Brief, qui compile six jeux de données de température mondiale produits par la NASA, la NOAA, le centre Hadley, Berkeley Earth, Copernicus et la réanalyse japonaise, en tire une conséquence directe : la probabilité que 2026 batte le record annuel de chaleur est passée de 19 % en avril à 35 %, un quasi-doublement en quatre mois presque entièrement dû au renforcement d'El Niño. Le premier semestre 2026 se classe déjà troisième plus chaud jamais mesuré dans les six jeux de données, derrière les seuls 2024 et 2025 ; juin est arrivé à 0,08 °C du record de juin 2024, et Copernicus a relevé un record de température de surface des océans pour un mois de juin. El Niño ne crée pas le réchauffement : il libère par à-coups une chaleur accumulée dans l'océan, qui vient s'ajouter à la tendance de fond.

Analyse systémique La chaleur emmagasinée par les océans est un stock, pas un flux : elle se relâche avec des années de décalage sur les émissions qui l'ont produite. Ce retard est ce qui rend le système si difficile à piloter, puisque les effets continuent de croître longtemps après la cause. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Carbon Brief

Les pesticides voyagent dans l'air bien plus longtemps qu'on ne le pensait
Pesticides

Les pesticides voyagent dans l'air bien plus longtemps qu'on ne le pensait

Après l'épandage, une part des pesticides ne reste pas dans la parcelle : jusqu'à 60 % de la quantité appliquée peut rejoindre l'atmosphère dans certaines conditions, sous forme de gaz, de gouttelettes ou de poussières contaminées. On supposait que ces molécules s'y dégradaient assez vite. Une étude présentée par ses auteurs dans The Conversation montre qu'une fraction se fixe sur les particules en suspension et que, sous cette forme, les pesticides se dégradent jusqu'à 132 fois plus lentement que ne le prévoient les modèles qui ne considèrent que la phase gazeuse. Leur demi-vie passe alors de quelques jours à plusieurs mois, de quoi être portés par les vents sur des milliers de kilomètres et se déposer très loin des champs traités, jusque dans les régions les plus reculées. Le phénomène est connu depuis les années 1960, mais l'air demeure, écrivent les chercheurs, un angle mort des politiques publiques comme du débat, tous deux concentrés sur les sols, l'eau et l'alimentation.

Analyse systémique C'est le propre d'une pollution persistante : ce qui est émis quelque part se retrouve ailleurs et bien plus tard, sous forme d'un stock diffus que personne ne mesure au moment de l'épandage, et qui met des mois à se défaire. Découvrir la modélisation World3 →

Source : The Conversation

France

La France est entrée dans l'ère du feu, la Gironde en fait l'expérience
Incendies

La France est entrée dans l'ère du feu, la Gironde en fait l'expérience

Entre le 1er janvier et le 22 juillet, 42 810 hectares de végétation ont brûlé en France selon les données satellitaires du système européen d'information sur les feux de forêt. À l'exception de 2022, jamais autant de surface n'avait été consumée aussi tôt dans l'année, et plus de 15 000 hectares sont partis en un seul mois, entre le 24 juin et le 22 juillet : 2 200 hectares à Fontainebleau, soit 12 % de la plus grande forêt domaniale d'Île-de-France, 4 400 dans la Drôme, 5 000 dans les Pyrénées-Orientales, 2 500 dans le Var, et jusqu'à 38 hectares de landes au cap Fréhel, en Bretagne, jusqu'ici épargnée. En reprenant deux décennies de relevés satellitaires, Reporterre compte trente fois plus de feux et dix fois plus de terres brûlées qu'en 2010. Ce décompte s'arrête avant l'incendie parti le 22 juillet au nord de Lège-Cap-Ferret : selon Le Monde, près de 20 000 hectares avaient brûlé samedi, le feu se retournait vers Bordeaux et 140 000 personnes avaient été évacuées en Gironde et dans les Landes, dont sept communes aux portes de la métropole. Le gouvernement a annoncé l'envoi de 500 militaires supplémentaires et de 1,5 million de masques FFP2. L'Espagne a de son côté décrété l'état d'urgence pour la région de Madrid, où deux brasiers ont ravagé 16 000 hectares en deux jours.

Analyse systémique Une forêt est un stock constitué sur des siècles et qui peut disparaître en quelques jours. Ce qui brûle cesse d'absorber le carbone et en relâche, ce qui réchauffe encore l'air qui rend le feu plus probable : la boucle se referme bien plus vite que la reconstitution. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

Alimentation & terres

France

Quatre mégabassines à détruire, un appel à passer outre les restrictions
Eau

Quatre mégabassines à détruire, un appel à passer outre les restrictions

Le tribunal administratif de Poitiers a ordonné le 23 juillet la destruction totale de quatre mégabassines de Charente-Maritime et la remise en état des terrains dans un délai de trois ans, une première en France. Ces réserves avaient été construites en 2010 avec le concours financier de l'État, qui en avait couvert plus de 60 % d'un coût estimé à 5,6 millions d'euros, avant de perdre leur autorisation environnementale en juin 2018. Leur remplissage et l'usage de leur eau avaient pourtant continué, y compris sous restrictions sécheresse, malgré trois arrêtés de mise en demeure et une condamnation à 1,5 million d'euros d'amendes et de réparations à l'été 2025. Les cinq retenues visées totalisent 1,4 million de mètres cubes, et le jugement pointe moins les irrigants que la défaillance de l'État, qui aurait dû exiger la destruction depuis longtemps. La même semaine, la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, publiait un communiqué appelant les paysans à irriguer malgré les arrêtés préfectoraux de restriction, en se félicitant de la loi d'urgence agricole qui prévoit de doubler les objectifs de stockage d'eau à l'horizon 2035. Interrogée, la ministre de l'Agriculture a répondu que « cela n'est pas possible », alors que des consignes de désobéissance circulaient déjà dans le Sud-Ouest depuis la mi-juillet.

Analyse systémique L'eau douce disponible est un flux, pas un réservoir que l'on remplirait à volonté : stocker davantage en amont ne crée pas d'eau, cela décide seulement qui en dispose et à quel moment. C'est le cœur du secteur agricole du système, où il faut chaque année plus de moyens pour tenir le même rendement. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

Population & santé

International

Moustiques invasifs : dix fois plus dépensé à réparer qu'à prévenir
Santé

Moustiques invasifs : dix fois plus dépensé à réparer qu'à prévenir

Une étude publiée en 2024 dans Science of The Total Environment, présentée par ses auteurs dans The Conversation, chiffre le coût mondial des moustiques du genre Aedes, qui transmettent la dengue, le chikungunya, Zika et la fièvre jaune. Entre 1975 et 2020, les pertes atteignent au minimum 94,7 milliards de dollars, en dollars de 2022, et dépassent 300 milliards dans les estimations hautes, celles qui tiennent compte des séquelles de long terme. L'ordre de grandeur est comparable au coût total de l'ouragan Katrina, à une différence près : il ne s'agit pas d'une catastrophe ponctuelle, la facture s'accumule année après année à mesure que le moustique tigre et son cousin de la fièvre jaune étendent leur aire de répartition, portés par les échanges commerciaux et l'urbanisation. Les auteurs jugent d'ailleurs cette évaluation largement sous-estimée. Le résultat le plus frappant tient au partage de la dépense : on consacre environ dix fois plus d'argent à réparer les dégâts une fois les épidémies déclarées qu'à les prévenir.

Analyse systémique Côté population, ce sont la mortalité et la morbidité qui se jouent ici, mais le fait illustre surtout une règle des systèmes à retard : plus la réponse arrive tard, plus elle coûte cher, dans un rapport que cette étude chiffre à dix pour un. Découvrir la modélisation World3 →

Source : The Conversation

France

Ce que la canicule tue tient d'abord à l'état des logements
Logement

Ce que la canicule tue tient d'abord à l'état des logements

Santé publique France a arrêté un premier bilan : entre le 17 juin et le 2 juillet, 5 764 décès de plus que le nombre attendu au regard des six dernières années, soit 36 % de surmortalité, du jamais vu depuis les 15 000 morts de 2003. Le fait marquant, souligne l'épidémiologiste Basile Chaix dans un entretien à Reporterre, est que toutes les tranches d'âge à partir de 15 ans sont touchées, avec un bond de 55 % chez les 45-64 ans, alors que la prévention se concentrait sur les Ehpad depuis 2003. Les décès ont augmenté dans tous les types de lieux mais en particulier à domicile, ce qui désigne la cause principale : des logements inadaptés à la chaleur. Celle-ci tue d'ailleurs hors des pics : sur l'ensemble de l'été 2023, un tiers seulement des 5 300 morts attribuées à la chaleur sont survenues pendant les canicules, le reste relevant de la fatigue accumulée et des accidents qu'elle provoque. Or, comme le rappelle Révolution Énergétique, le diagnostic qui classe les logements de A à G mesure d'abord l'énergie nécessaire pour chauffer l'hiver ; il intègre une note de confort d'été depuis 2021, mais elle pèse peu et presque personne ne la regarde. À Lyon, la municipalité estime que 62 % des appartements de la ville sont des « bouilloires thermiques » et cherche à financer volets et brasseurs d'air.

Analyse systémique Côté population, la mortalité est l'une des variables qui commandent la trajectoire d'ensemble, et elle dépend ici moins du climat que du bâti. Le parc de logements est un stock hérité, conçu pour un autre climat et remplacé très lentement, quand la chaleur, elle, avance chaque été. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

Économie & industrie

France

Un data center suspendu par la justice, 210 milliards annoncés d'ici 2035
Data centers

Un data center suspendu par la justice, 210 milliards annoncés d'ici 2035

Le tribunal administratif de Grenoble a suspendu le 10 juillet, en référé, le permis de construire du centre de calcul que la start-up Sesterce veut implanter à Alixan, dans la Drôme, faute d'étude d'impact environnemental pour un projet de cette taille, chiffré à 1,5 milliard d'euros. Selon l'avocat qui a porté le dossier, c'est la première suspension en référé d'un projet de data center en France. Le point faible repéré par les opposants tient à l'électricité : le plan local d'urbanisme interdit les installations classées soumises à autorisation, ce que serait un data center de plus de 50 mégawatts. La décision est provisoire, le fond n'ayant pas encore été examiné, et le permis avait été délivré en décembre par le maire de la commune. Elle intervient alors que la France cherche à rester dans la course mondiale : d'après le cabinet Rexecode cité par Le Monde, le déploiement de centres de données représenterait 210 milliards d'euros d'investissements d'ici à 2035, des infrastructures énergivores et peu pourvoyeuses d'emplois, contre lesquelles les contestations locales se multiplient.

Analyse systémique Le capital industriel ne croît que si l'investissement dépasse l'usure, et il faut de l'énergie pour l'un comme pour l'autre. Arbitrer entre ces installations et le reste du réseau revient donc à choisir, sans le dire, où passe l'électricité disponible. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

Régulation & société

France

Le retour de l'acétamipride porté devant le Conseil constitutionnel
Pesticides

Le retour de l'acétamipride porté devant le Conseil constitutionnel

Les groupes écologiste et insoumis de l'Assemblée ont déposé le 24 juillet un recours contre plusieurs articles de la loi d'urgence agricole, adoptée définitivement le 21 juillet. Ils visent d'abord la réintroduction « à titre exceptionnel » de deux pesticides interdits, l'acétamipride et le flupyradifurone, et invoquent la Charte de l'environnement, adossée à la Constitution : droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, devoir de prévenir les atteintes à l'environnement, principe de précaution. L'argumentaire s'appuie sur un avis du Conseil d'État de mars 2026, selon lequel l'usage de ces substances présente, en l'état des connaissances, des incidences avérées pour l'environnement et des risques pour la santé humaine, susceptibles d'engendrer des dommages graves et irréversibles. Les requérants contestent aussi l'enrobage des semences de betterave sucrière au flupyradifurone, la menace des pucerons n'étant à ce stade que potentielle, et s'appuient sur un rapport de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement d'octobre 2025. La même dérogation avait déjà été censurée un an plus tôt, dans la loi Duplomb : le Conseil constitutionnel devra donc statuer une deuxième fois.

Analyse systémique Les décisions politiques ne se simulent pas, mais celle-ci agit directement sur le rythme d'accumulation d'une pollution durable dans les sols et les eaux, en échange d'un rendement maintenu à court terme. C'est l'arbitrage classique entre la récolte de cette année et la fertilité des suivantes. Découvrir la modélisation World3 →

Source : Reporterre

En perspective Cette semaine tient dans deux colonnes qui décrivent le même mouvement. Dans la première, ce qu'il faut payer : 42 810 hectares brûlés avant même l'incendie de Gironde et ses 140 000 personnes évacuées, 5 764 décès en excès attribués à la chaleur de juin, 100 milliards d'euros annoncés pour un réseau électrique dont les salariés viennent d'exercer leur droit d'alerte, 2,5 % de hausse sur la facture d'électricité au 1er août. Dans la seconde, ce que cela rapporte : 9,8 milliards d'euros de bénéfices semestriels pour TotalEnergies, tirés de la hausse des prix qu'a provoquée le blocage du détroit d'Ormuz, et 906 milliards de dollars de financements bancaires accordés aux énergies fossiles en 2025. Plus la ressource se raréfie et plus la pollution s'accumule, plus il devient rentable d'extraire et coûteux de réparer : les deux colonnes grossissent ensemble, et la seconde nourrit la première. Une étude sur les moustiques invasifs en donne la mesure la plus nette, en dehors même de l'énergie : dix fois plus d'argent consacré à réparer les épidémies qu'à les prévenir. C'est l'écart que décrivait Meadows entre le moment où un système donne les signaux du dépassement et celui, bien plus tardif et bien plus cher, où il finit par y répondre.